Pourquoi y a-t-il une forme d’invisibilité de l’autisme chez les femmes ?
- Audrey

- 3 juin 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 août 2025
Pourquoi l’autisme est-il souvent invisible chez les femmes ? Analyse des stéréotypes, des difficultés de diagnostic et de l’impact de cette invisibilité sur leur quotidien.
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L’autisme, en France, toucherait 600 000 personnes. Soit quatre garçons pour une fille. Mais cette donnée est imparfaite. Peut-être même inexacte. Encore aujourd’hui, les femmes souffrent d’un déficit de diagnostic. Pour beaucoup d’entre elles, le mot autisme devient une réalité passé l’âge de 20 ans. Alors pourquoi ce retard ? Et quelles en sont les conséquences ? Quelles sont aussi les différences entre les hommes et les femmes quand nous parlons d’autisme ? Et plus généralement comment participer à une plus grande inclusivité de ces personnes dans notre société ?
Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) : un développement singulier et évolutif
Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un trouble du développement reposant sur deux critères principaux : un déficit dans les interactions sociales et la communication, ainsi que des comportements restreints et répétitifs. Le Docteur Emmanuelle Houy-Durand, psychiatre au Centre Ressources Autisme du CHRU de Tours, précise que « ces signes doivent être présents dès les premières étapes du développement de l’enfant » et insiste sur l’importance du terme « spectre », qui reflète « la singularité et la complexité des profils, souvent très différents les uns des autres ». Elle souligne également que l’autisme n’est pas figé et qu’il évolue en fonction de l’âge, du langage, des capacités cognitives, des accompagnements et de l’environnement. Bien que les critères diagnostiques soient les mêmes quel que soit le sexe ou l’âge, des recherches récentes montrent des différences entre hommes et femmes, ces dernières pouvant présenter de meilleures compétences sociales et gestuelles. La psychiatre rappelle aussi que l’autisme n’est pas une maladie au sens médical du terme et qu’il ne peut être diagnostiqué par des marqueurs biologiques, faute de « moyen objectivable et mesurable de poser un diagnostic ». S’il n’existe pas de traitement spécifique aux symptômes principaux, des troubles associés comme l’épilepsie ou le TDAH peuvent, selon elle, bénéficier de traitements médicamenteux qui « peuvent vraiment aider la personne ».
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Un diagnostic le plus souvent tardif chez les femmes
Le diagnostic de l’autisme est souvent un moment déterminant pour les femmes, chez qui les signes peuvent être masqués ou confondus avec d'autres troubles comme la dépression, l’anxiété ou un stress post-traumatique. Comme l’explique la psychiatre Emmanuelle Houy-Durand : « C’est déterminant parce qu’on va pouvoir mettre un mot sur des symptômes parfois incompris », soulignant l’importance du diagnostic après des années d’errance. Ce retard s’explique en partie par le fait que d'autres troubles sont occasionnellement identifiés avant que l’autisme ne soit envisagé. Par ailleurs, bien que des progrès aient été faits dans la prise en charge, le système de santé reste insuffisant, particulièrement en psychiatrie et pédopsychiatrie. Les Centres Ressources Autisme (CRA), bien qu’utiles, ne suffisent pas à répondre aux besoins, notamment des adultes encore largement sous-diagnostiqués : « On estime à environ 600 000 adultes de plus de 20 ans qui ne sont pas diagnostiqués », alors qu’à ce jour seulement 75 000 le seraient. Le recours aux traitements médicamenteux pour les troubles associés comme l’anxiété ou la dépression reste parfois nécessaire, même s'ils ne sont pas toujours bien tolérés dans le contexte des troubles du neurodéveloppement.
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Autisme et travail : les défis d’un handicap invisible
Le monde du travail représente un défi majeur pour les femmes autistes, dont le taux de chômage en Europe atteint 75 %. Justine Langlois, autiste diagnostiquée à l’âge de 23 ans et autrice de Jungle : Une traversée de l’autisme au féminin, a, elle aussi, souffert d’une forte inadéquation entre ses besoins et le fonctionnement habituel des milieux professionnels. Elle raconte avoir longtemps eu une vie professionnelle assez compliqué, privilégiant les contrats courts ou quittant rapidement ses postes. Ce n’est que tout récemment qu’elle a pu évoquer son autisme au travail, une démarche qui a nécessité du temps avant d’être comprise par son entourage professionnel. Elle explique que ses principales difficultés concernent l’environnement sensoriel et organisationnel : l’impossibilité de travailler en open space, le besoin de calme, de pauses fréquentes ou même de siestes. Ces besoins sont souvent mal interprétés, voire stigmatisés : « On m’a souvent dit : “on ne peut pas aménager ton poste parce que tes collègues vont être jaloux de toi ” ». Un vécu que partage Alison Daubresse, diagnostiquée récemment à l’âge de 30 ans. Vidéaste et réalisatrice du film Au-delà des normes, elle travaille aujourd’hui à son compte. Avant cela, elle a connu des expériences professionnelles difficiles et choisissait de ne pas parler de son autisme, consciente que cette révélation pouvait freiner son accès à l’emploi. Pour elle, l’indépendance professionnelle est devenue une solution plus viable face aux incompréhensions rencontrées.
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Invités :
Justine Langlois, autrice. Elle explore différents domaines, à la croisée des droits humains et de la culture, et a choisi de s’engager à travers les mots. Dernier livre : Jungle : Une traversée de l’autisme au féminin, avec Adélaïde Barat Magan et Fanny Modena (La Ville Brûle, 2025).
Alison Daubresse, réalisatrice. Diagnostiquée autiste Asperger, son travail est profondément influencé par son vécu et sa volonté de sensibiliser à la neurodivergence à travers l'art cinématographique. Pour contacter Alison Daubresse au sujet de son documentaire : alisondaubresse@gmail.com
Dr. Emmanuelle Houy-Durand, médecin psychiatre dans le Centre Ressources Autisme du CHRU de Tours.
Daria Ermakova, directrice de Naked Heart France.
Ressources :
Le film de Lola Doillon, Différente. Au cinéma le 11 juin 2025.



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